Chargement...

Accueil

Bienvenue sur le site du magalivre (magazine-livre) Poeticon.

Le Poeticon est une publication qui propose un angle de vue poétique tout en images et en mots. La poésie dans tous ses états…
Les curieux y trouveront de la matière à réflexion et les poètes (photographes, peintres, écrivains, cinéastes, cuisiniers, magiciens,…) y trouveront aussi une place pour créer et proposer. Les pages de Poeticon sont ouvertes à ceux qui le désirent.
Le site Poeticon donnera aussi de temps en temps à lire des compléments exclusifs qui ne sont pas dans le magalivre en papier…

Poeticon n°3

Jacques Mercier

Oscar Haus

Jean-François Spricigo

Frédéric Tentelier

Isa Marcelli / Jacky legge

Poeticon n°2

Philippe Mathy, poète

La Poésie et l'Iran par Jacky Legge

Sophie Rousseau et Jean-Pierre Nicol

Alexis Lippstreu et la Fondation Paul Duhem

Guillaume Ledent : le Mot-dit

Colette Nys-Mazure

Poeticon n°1

Patricia Gérimont, le musée Kadioute

Jofroi, poète-chanteur

Laurent Quillet, artiste des mots

André Huet, charivari

Anne-Sophie Costenoble, photographe

Doel, photos d'Iris Van Dorpe

Poeticon n°0

Michel Monnereau, écrivain

Tournai, Ville en Poésie 2017

Annette Masquilier

C’est à lire…

Oscar Haus, dessins

Oscar Haus, Oscar Denayer – Roger Danneels, nd, crayons de couleur sur papier, 73 x 55 cm < détail

J’ai rencontré Oscar pour la première fois en 1994 aux ateliers de Blicquy où il collait des étiquettes sur des sacs de produits pulvérulents. Il prendra sa retraite en 1996 à l’âge de 57 ans. Libre de son temps, il passera chaque jour à l’atelier dessin/peinture du Centre La Pommeraie pour parler de son quotidien, de son amour de la musique, des musiciens qu’il connaissait. D’abord 5 minutes, puis 30, puis une heure. Petit à petit, l’atelier deviendra un endroit important pour lui. Prendre le crayon à l’âge de soixante ans n’a pas dû être chose évidente pour Oscar mais cela s’est fait progressivement, sans attente, sans exigence. Très vite sa gentillesse, son écoute, son sourire lumineux sont devenus indispensables à l’atelier. Ses conseils, sa manière d’apaiser les conflits lui ont conféré un nouveau statut, le rôle d’un sage ou du grand-père que chacun aurait aimé avoir !

Définitivement, Oscar s’est assis dans l’atelier, il a pris les crayons de couleur et chaque jour de la semaine, chaque heure de la journée, il a témoigné. D’abord de son quotidien, de ses nombreux voyages dans les Ardennes, de la crèche au moment de Noël, des travaux et des différents paysages du Centre La Pommeraie… Il dessinait au présent. C’est le moment de la découverte, tout est important pour lui ; l’herbe de la prairie, les fleurs, les pétales, le pistil, les oiseaux dans le ciel dont on voit précisément les yeux, les plumes, les pattes, le bec… Tout requiert son attention extrême. Oscar ne dessine pas ce qu’il voit mais ce qu’il sait. Lorsqu’il dessine la fleur, la voiture ou un personnage, chacun a autant d’importance et la grandeur de chacun n’est certainement pas due à sa préférence mais à la place qu’il a pour réaliser son dessin, à la précision graphique que celui-ci demande. C’est ainsi qu’une fleur pourra être plus grande que la voiture ou la maison. Pour certains détails, la loupe est, parfois, nécessaire.

Deux moments importants vont définir la suite de sa création : la découverte des crayons de couleur Karisma et les accordéonistes. Dans quel ordre les choses sont-elles arrivées, je ne m’en souviens plus. Mais après avoir dessiné le temps présent, Oscar ne pouvait que faire revivre son passé et dessiner ses souvenirs lorsque enfant, adolescent, adulte il jouait avec d’autres musiciens dans les bals musette. Ce moment sera décisif, finis les tâtonnements, Oscar sait exactement ce qu’il veut dessiner. Il représentera l’accordéon et le monde musical avec la même exigence que lorsqu’il représentait l’herbe ou les fleurs.

Chaque touche de nacre de l’accordéon est représentée avec rigueur. Les notes de musique sur la feuille virevoltent, comme les cœurs, comme les lumières des spots. C’est la fête !! Bizarrement Oscar tout comme sa maman sont absents de cette fête, sont-ils spectateurs ? C’est aussi à ce moment précis où, en désespoir de cause je lui ramène mes crayons de couleur Karisma, qui coûtent une petite fortune mais qui laissent sur la feuille de dessin une trace tellement merveilleuse. La mine est grasse, toute la tonalité du pigment s’exprime et s’imprime avec délicatesse sur la feuille. Lustré à force de passer et repasser au même endroit, cela donne un côté brillant à son dessin. Au moment où Oscar utilise ce crayon de couleur pour la première fois c’est un coup de foudre.

Chaque matin, Oscar venait à l’atelier pour la journée avec son cartable de cuir usé par les années. Celui-ci contenait des partitions (certaines écrites par lui), des pochettes de 45 tours, des photos glanées au fil des années et deux bouquins sur l’accordéon. Le premier racontant l’histoire de cet instrument avec ses principales vedettes, le second étant plus technique. Tous ces éléments constituaient ses principales sources d’inspiration. Il entourait les vedettes, les instruments qu’il voulait dessiner en inscrivant « à faire » et une fois le dessin réalisé, il marquait près de la photo : « fini ». Oscar a arrêté de dessiner en 2015, définitivement ? Il a réalisé pendant toutes ces années plus ou moins deux cents dessins. Il vient d’en offrir 85 à la Fondation Paul Duhem.

Des œuvres d’Oscar Haus sont conservées dans plusieurs collections publiques telles que la Collection de l’Art Brut (Lausanne, CH), le Musée de la Création Franche (Bègles, F), Art & Marges musée (Bruxelles, BE),
les Collections de la Province de Hainaut (Charleroi, BE).

Bruno Gérard
Animateur de l’atelier dessin/peinture du Centre La Pommeraie

(Extraits du texte publié dans la monographie sur Oscar Haus éditée par la Fondation Paul Duhem et le Colysée de Lambersart en 2018)