Alexis Lippstreu et la fondation Paul Duhem

Une fondation pour sauvegarder, étudier et diffuser un patrimoine artistique d’exception.

Alexis Lippstreu, Sans titre (tiré du Déjeuner dans l'atelier d’Edouard Manet), nd, crayons gris sur papier, 55 x 73 cm
Alexis Lippstreu, Sans titre (tiré du Déjeuner dans l’atelier d’Edouard Manet), nd, crayons gris sur papier, 55 x 73 cm.

Créée en 2016, la Fondation Paul Duhem est une émanation de l’atelier dessin et peinture du Centre La Pommeraie (Beloeil), animé par l’artiste Bruno Gérard.
Complémentaire aux institutions muséales, elle vise avant tout à être le réceptacle d’œuvres en péril suite au départ de l’animateur, du changement de la direction ou du fait d’une modification de politique pédagogique interne au centre pour personnes handicapées. Ayant connu plusieurs cas de destruction d’une partie ou de l’ensemble des travaux de personnes fragilisées, Bruno Gérard s’est rendu compte de la vulnérabilité de ces productions artistiques. La Fondation Paul Duhem est ainsi née de l’interrogation : « Que vont devenir toutes les œuvres produites par ces artistes ? ».
Entreprise inédite dans le paysage artistique et culturel transfrontalier, elle a donc pour objectif fondamental d’assurer la pérennisation du travail des artistes – belges ou étrangers, isolés ou issus d’autres ateliers spécialisés – qu’elle recueille. Outre la conservation de la mémoire des plasticiens, la Fondation se donne par ailleurs pour objet la diffusion et la transmission des œuvres, ainsi que le rayonnement des artistes sur la scène internationale. Cela implique l’organisation d’expositions, l’édition de livres monographiques sur les artistes, la réalisation de portraits vidéo et d’interviews, la conception d’outils pédagogiques,…

Parmi les artistes de la Fondation Paul Duhem figure Alexis Lippstreu. Né à Suresnes, en région Île-de-France, en 1972, il réside au Centre La Pommeraie depuis 1992.
Dès son arrivée dans l’atelier dessin et peinture de Bruno Gérard, il sent le besoin de s’entourer des revues intitulées « Regards sur la peinture » qu’il trouve dans la bibliothèque richement fournie. Commence alors une étonnante démarche artistique de reproduction d’œuvres des grands maîtres ayant façonné l’histoire de l’art, de Giotto à Magritte, en passant par Masaccio, Holbein, Rubens, David, Redon, Van Gogh ou Cézanne. Parmi les 5 000 dessins réalisés par Alexis Lippstreu, le travail d’inventaire a permis de révéler qu’il avait puisé parmi non moins de 120 œuvres produites par 43 artistes. Ses peintres de référence sont De Vinci, Ingres, Degas, Manet et Gauguin, dont il semble pouvoir recopier à l’infini un certain nombre d’œuvres sur lesquelles il a jeté son dévolu. Le prouvent les quelques 400 dessins du Christ Jaune de Gauguin ou les 300 dessins de Madame Moitessier signé Ingres. Ils peuvent être réalisés soit au pastel gras soit au crayon, tantôt gris tantôt de couleur.
Pourquoi une telle opiniâtreté à retravailler de façon obsessionnelle un même sujet ? Seul lui semble détenir à la réponse. « Quel peut bien être le mobile, la finalité de ce déferlement de lignes patiemment tracées avec des crayons finement taillés ? Plus que dans les dessins colorés, on y pressent le vertige du dessinateur s’alliant au rythme des heures, inlassablement. La seule chose que nous savons, c’est que ce remplissage opiniâtre fait de pluies drues de traits noirs est une revisite de l’art à partir de reproductions. Il les examine furtivement et ensuite les interprète à sa façon. Pour ce faire, il use d’un code dont nous ne connaîtrons jamais la clé. »
Bien plus qu’une copie, autrement dit une reproduction fidèle du sujet, Alexis Lippstreu conçoit une œuvre au langage plastique qui lui est propre. Se sentant totalement libre face à l’œuvre « qui lui sert de base, il réalise alors des dessins extrêmement dynamiques avec de grandes variations de valeurs, les zones claires côtoyant de justesse les espaces plus sombres, le tout donnant beaucoup de profondeur à son dessin ». Cette signature graphique rend dès lors son travail facilement reconnaissable. Ainsi : « Un Gauguin par Lippstreu n’est plus un Gauguin mais un Lippstreu ».
Connu internationalement, il figure dans de nombreuses collections privées et publiques, en Belgique (Museum Dr Guislain à Gand, art & marges musée à Bruxelles, MadMusée à Liège, Province de Hainaut, à Charleroi), en France (Musée de la Création Franche à Bègles, LaM à Villeneuve d’Ascq), en Suisse (Collection de l’Art Brut à Lausanne), ou encore au Portugal (collection Treger-Saint Silvestre en dépôt au Oliva Nucleus Art Museum à São João da Madeira).

Robin Legge
Chargé de la conservation et de la valorisation
du patrimoine artistique de la Fondation Paul Duhem

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