La poésie et l’Iran, retour de voyage par Jacky Legge

Alors que, chez nous, le mot poésie entraine un sourire ironique ou engendre haussements d’épaules, elle est omniprésente en Iran et cela dans toutes les strates de la société, ce qui est encore plus remarquable.

La poésie se peint sur l’arrière de voitures, camionnettes ou camions. Des passants portent des tee-shirts, des foulards décorés d’extraits de poèmes. Des poèmes ornent des pièces de vaisselle et les papiers Kraft d’emballage. Des guides touristiques glissent dans leurs commentaires des extraits de textes récités de mémoire.

La poésie se fait aussi peintures murales ou sculptures dans l’environnement urbain.
Geste architectural fort, la Bibliothèque d’Ispahan est environnée d’œuvres. Ainsi, absorbé par la lecture de son ouvrage, un lecteur en bronze est indifférent à l’averse suggérée par son parapluie déployé. Une haute sculpture noire d’apparence abstraite alliant traits, courbes et volutes s’avère pour l’Iranien la calligraphie rythmée d’un poème. Sur un socle, une cocotte géante en métal découpé évoque le papier, support traditionnel de la transmission.
Auprès du Ministère de la Culture à Shiraz, un jeune homme avec un sac à dos rempli d’ouvrages colorés tire à lui une corde afin de redresser une étagère de bibliothèque enfouie dans le sol. Il ploie sous l’effort mais arrivera très vraisemblablement à ses fins. Quel bel hommage à la connaissance.

Sous l’ombre d’un arbre, un lecteur est assis penché sur son livre ouvert près de l’entrée d’un centre culturel du Nord de Téhéran. Assis à l’avant d’une charrette à bras tirée sans doute par son père, un jeune garçon semble aussi passionné par ce qu’il en train de lire, aux abords du grand souk toujours animé dans le centre de Téhéran.

Non loin du Musée du Cinéma de la capitale, un long mur de briques jaunes est parsemé de plaques colorées, supports à de courts poèmes. La littérature est un élément de l’environnement urbain, une forme de miroir de la culture perse profondément ancrée dans une population diversifiée. Quelle différence avec chez nous où, pour gagner en popularité, la poésie doit se travestir en chansons et éviter de s’afficher comme elle-même pour éviter les sourires ironiques et les haussements d’épaules…

Jacky Legge

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